Terrasser Drake et mourir

« Si vous aimez les défis » LMV

Vous conter les péripéties couturières qui ont mené à l’arrivée de Drake dans la garde-robe d’Anabelle m’est un confort si profond qu’il me semble coupable. Me voici enfin, installée devant mon laptop, aux côtés d’une théière d’Earl Grey, avec vue sur notre terrasse d’Halloween, me voici enfin, à même de vous présenter la cousette la plus délicate de ma carrière de couturière amateure : Drake!

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Drake, c’est une parka de La Maison Victor qui a conquis Anabelle. Modèle masculin, une fois de plus, que la demoiselle a imaginé dans un jean waxé anthracite, doublé d’un doux matelassé, avec fourrure type « mouton » dans la capuche.

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Comme je continue à croire que la vie nous apporte autant de leçons que d’instants critiques, que puis-je retirer de l’aventure Drake? Eh bien, pour commencer, je crois qu’à l’avenir je serai moins désinvolte au moment de valider un modèle avec mon exigeante cliente. Quand Anabelle m’a présenté Drake, j’ai seulement vérifié le nombre de mètres de tissu utile. 1m20 de tissu principal, c’était d’autant plus ok pour moi que j’avais un reste de jean waxé de cette taille et, je l’avoue, je n’ai pris en compte aucun autre paramètre.

Une fois dotée du matériel restant (doublures, tirette, cordon) grâce au fidèle toutou vert de Molenbeek, j’ai ouvert mon cher Victor pour commencer à comprendre l’étendue de ma peine à venir… D’une part, l’introduction confiait aux lecteurs que si, bien sûr, « ce manteau cool prendra un peu de temps mais est tout à fait faisable si vous aimez les défis ». Damned! Si je n’ai rien contre un défi « robe du soir » ou autre fémininerie à paillettes, je n’étais pas très sûre de vouloir me lancer un défi qui aurait pour résultat de consolider le look « aventurier » de ma fille, et surtout pas à un âge où elle change de taille tous les 6 mois. Quand à prendre « un peu de temps », ça tombait très mal car je n’en avais pas.

D’autre part, le plan de coupe permettait de comprendre en un regard que l’affaire était loin d’être pliée. Mais quand le vin est tiré, il faut le boire et c’est ainsi que je me suis retrouvée quelques heures plus tard (parole!) à la tête d’une malle qui souffrait à contenir les 60 pièces de tissus dont l’assemblage devait – j’y croyais à peine – devenir Drake. Devant ces 60 lambeaux, j’ai eu le sentiment de n’avoir jamais jusque-là très bien cerné la notion de « valeur ajoutée ».

Il allait y en avoir de la valeur ajoutée! Sauf à décevoir Anabelle, ce qui n’était, de préférence, pas une option. Première étape : le devant! Vite dit, mon cher Victor! Car ce devant arbore deux poches poitrine et deux poches à soufflet avec rabat. Je ne parle pas ici de la goulotte à cordon qui sera posée bien plus tard!

Sur la poche à soufflet avec rabat, ma machine donnait des signes de souffrances devant trop d’épaisseurs de tissus. C’est un peu son point faible à ma compagne. Du coup, j’ai procédé en plusieurs étapes et finalement, nous avons, elle et moi, surmonté l’épreuve de façon satisfaisante :

Deuxième étape : le dos! A ce stade, je ne craignais plus rien. Et en effet, le dos était une affaire toute simple à régler. Malheureusement et sans surprise, l’épaisseur des tissus en certains endroits rendait l’opération délicate. Sans une grande vigilance, nécessaire mais pas toujours suffisante, les lignes droites se courbent aisément. Ceci est d’autant plus vrai à l’usage du point spécial « stretch ». Or, vous le devinez, mon jean waxé était aussi un tissu stretch! Néanmoins, en y mettant le temps et la patience, je peux dire que ce dos est assez réussi :

Détail agréable : le milieu dos qui finit en queue de pie.

Ensuite, vinrent les coutures d’épaules et le capuchon doublé : c’était simple et classique. Pas de commentaire. Suivirent les manches : pas de soucis non plus : elle présente une jolie manchette (faut bien justifier les 60 pièces tout de même) qui participe au style du modèle de façon très pertinente.

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Les coutures de côté et de dessous de manche étaient un plaisir. Restait à doubler l’ouvrage. Et ça, ce fut la partie la plus gratifiante de toutes : parce que, une doublure soignée et réalisée avec précision, transforme la nature de l’ouvrage : cet instant est délectable lorsqu’on tient dans ses mains sa création et qu’elle nous semble être sortie tout droit d’un magasin!

 

Le reste n’était que finition. Pas de la tarte pour autant : je ne suis pas très satisfaite de ma fameuse queue de pie : la réalisation de sa doublure m’a compliqué la vie plus que de raison pour un résultat assez mauvais :

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Au final, malgré cela, Anabelle est satisfaite et porte Drake chaque jour dans sa vie mouvementée de cour de récré.

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Par rapport au modèle original, il manque la patte qui cache le zip. Le tissu waxé marquant à tout jamais les points cousus, et ma machine ne supportant pas trop les épaisseurs, j’ai craint de gâcher tout l’ouvrage en une minute maudite et j’ai donc préféré renoncer à cette dernière finition.

Résultat en images :

Alors voilà! Au moins est-ce portable et au moins est-ce fini. Je vais pouvoir coudre quelque chose de plus coloré, de plus féminin et de plus facile! O récompense ultime!

Sophie

4 réflexions sur « Terrasser Drake et mourir »

  1. Je me délecte de la lecture de ton aventure ainsi contée… Non sans compassion, il va sans dire, mais pour l’épique aventure couturesque qui parfois, donne si bien envie de revenir à des amours moins torturées!!! Bravo pour la belle réussite, confirmée par le port quotidien, et… bon plaisir pour la prochaine féminine couture!!!

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