Sortir de l’ombre

Où il ne peut être question de couture pour cette fois

Il m’en coûte mais je reviens.

Avez-vous jamais, enfant, joué au bord de la mer à vous faire ensevelir de sable? Votre ami, cousin, neveu, pote d’un jour s’active à la pelle tandis que vous vous installez confortablement, lové dans une niche fraîchement creusée. Une fois que seule la tête et les épaules émergent, le moment est impressionnant. Car il faut prendre conscience et accepter que d’insignifiantes pelletées de sable, chacune à peine perceptible, une fois mises toutes ensemble, vous empêche de bouger. On n’y croit pas vraiment, on se sent tellement plus fort que ces quelques grains légers… Pourtant, la conclusion est implacable, nous sommes bel et bien prisonniers de la plage.

Heureusement, le jeu continue et consiste alors à tout défaire au plus vite. La victime et son bourreau partagent le même état, celui qui confond peur et amusement, celui qui appelle, aux frontières de la panique, à prouver au plus vite que tout cela est réversible. Une fois l’expérience terminée, c’est à peine si on y croira encore et il faudra que peu de temps s’écoule avant qu’on regarde à nouveau les grains de sables, minuscules et inoffensifs, avec arrogance. Et si on se souvient de s’être senti contraint, on en rira.

Alors voilà, en 2022, je me suis laissée ensevelir dans le sable en songeant qu’aucune de ces pelletées ne pourrait avoir raison de moi. Puis, une fois prise au piège, bouger vers la libération me paraissait trop lourd. Genre fatiguée avant de commencer. Et je pensais à mon blog, à tout ce que je n’avais pas écrit. Mes cousettes se succédaient mais les photos ne suivaient pas, les textes et les articles encore moins. Nous voici en octobre et 2022 est encore vierge de partage.

C’est le cas parce que, du fond de ma niche, écrire futilement sur des choses futiles me semblait inapproprié, presque inauthentique. Parce que 2022, en plus d’être planétairement glauque, a aussi malmené ma vie privée et professionnelle. Alors, captive sous le poids, tantôt de la tristesse, tantôt du stress, parfois même de la colère, je me suis tue.

Je me suis tue mais je n’ai pas cessé de coudre. Même dans le deuil, même les jours de grande méforme, même en situation d’échec, et cela, ça signifie quelque chose. Je pense que coudre participe de mon équilibre, de ma capacité à sortir des niches de sable quand elles sont pleines. C’est pourquoi, communiquer sur cette activité, dans le fond, n’est probablement ni futile ni inconvenant.

Il va me falloir, les jours qui viennent, reprendre méthodiquement (ouille!) les réalisations de l’année, trouver un photographe qui leur rende justice (à mesure que les enfants grandissent, j’ai de moins en moins de choix…) et les habiller de l’article qu’elles méritent. Je n’ai pas cessé de vous lire, membres de la communauté couturesque qui n’avez pas encore cédé au « tout-Instagram » et j’ai hâte, à mon tour, de vous offrir à nouveau les quelques témoignages qui permettent d’échanger et de ne jamais se sentir seuls et seules à l’atelier.

Je suis de retour.

Sophie

Publicité

2 réflexions sur « Sortir de l’ombre »

  1. C’est avec plaisir que je reçois le mail de notif de ton nouvel article, clique sans hésitation et lit cette brève de vie. La couture est un passe-temps, un passe-temps qui a le don de nous faire oublier nos maux, nos soucis, nos tracas pendant un temps, il n’y a rien de futile à profiter de ce temps-là, ni à en discuter avec d’autres quoi qu’ils en pensent 🙂
    Hâte de voir donc toutes ces créations… la publication sur mon blog aussi est sporadique et je pense y mettre tout « en vrac » au moment où je m’en sentirais le courage, et je n’y vois rien de déplaisant, c’est le mien j’en fais ce que je veux ^^
    Bon retour 🙂

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :